Cela fait un long moment que j'ai envie d'écrire à propos de cette figure mythique de la musique blues et qui a marqué de manière importante à la fois l'imaginaire populaire tout autant que ses successeurs musiciens et artistes.
Tout d'abord, la légende entourant Robert Johnson qui est né dans le delta du Mississippi, dans le village de Hazlehurst, de Julia Dodds et de Noah Johnson. Quoi que sa date de naissance n'est pas connue avec précision, les traces qu'il a laissées suggèrent des dates allant de 1909 à 1912. On raconte que Johnson est lui-même à l'origine de sa légende et qu'elle prit naissance un jour où il réunit quelques amis et leur raconte ce qui va devenir un véritable mythe : Un soir très sombre alors qu'il se promenait dans les alentours de Clarksdale dans le Mississippi, il se perdit à un carrefour (crossroads). Alors qu'il commençait à s'endormir une brise fraîche le réveilla. Il vit au-dessus de lui une ombre immense avec un long chapeau. Effrayé, ne pouvant dévisager cette apparition, Johnson resta comme paralysé. Sans un mot l'apparition se pencha, prit sa guitare, l'accorda, joua quelques notes divines avant de lui rendre l'instrument et de disparaître dans le vent noir du Sud. Il n'en fallait pas plus pour convaincre ces gens très superstitieux de l'origine des dons musicaux extraordinaires de l'artiste, qui, quant à eux, étaient tout à fait réels. On raconte même qu'il pouvait converser dans une pièce bondée où une radio jouait en arrière-plan sans prêter une attention particulière à la musique diffusée et que dès le lendemain, il était en mesure de reproduire note pour note les pièces entendues la veille. Voilà qui avait de quoi stupéfier son entourage et apporter un élément de véracité à ce mythe du pacte avec la diable.
À présent, la réalité
C'est à la fin des années 1920 que Robert Johnson se met à pratiquer la guitare et à ses débuts de musicien à Robinsonville, il reçoit l'aide de Willie Brown et de l'inévitable Charley Patton notamment. Ce dernier étant lui aussi une figure musicale très importante qui est aujourd'hui considéré comme le « Père du Delta Blues » et qui est vraisemblablement une des figures antérieures les mieux connues de la musique populaire américaine. C'est en 1931 qu'il rencontre Son House pour la première fois (Son House est lui aussi une figure emblématique de la musique Blues). Ce dernier, l'écoutant jouer, le ridiculise (« tu ne sais pas jouer de la guitare, tu fais fuir les gens ») et lui conseille d'abandonner la guitare pour se concentrer sur l'harmonica. Peu de temps après cet affront, il quitte Robinsonville pour sa ville natale Hazlehurst. Il y fera la rencontre du bluesman Ike Zinnerman qui devient son mentor. Johnson revient finalement à Robinsonville deux ans après l'avoir quitté et avoir travaillé son jeu de guitare avec acharnement. Son House est abasourdi par les progrès réalisés par le guitariste avouant même qu'il est maintenant dépassé. C'est à cause de ces progrès stupéfiants et pour ainsi dire inexplicables pour ces gens qui l'avaient connu à ses débuts que la légende du pacte avec le diable va définitivement prendre racine, à une époque où rappelons le, le vaudou est encore très vivace dans la communauté noire du Mississippi. Robert Johnson a connu une carrière très courte et serait mort en 1938, empoisonné selon la rumeur par un mari jaloux. Il aura laissé 29 titres enregistrés, 3 photos et 3 tombes ( un cyclone ayant ravagé le lieu de son décès, d'où l'impossibilité de retracer sa tombe avec certitude). Sa vie, sa musique et sa mort en ont fait un véritable mythe pour plusieurs générations de bluesmen et de rockers. Il fut aussi le premier d'une série d'artistes « maudits » morts à l'âge de 27 ans, qu'on appellera « Club des 27 » et dont les noms contemporains les plus connus sont Jimi Hendrix, Jim Morrison, Janis Joplin et Kurt Cobain.
Eric Clapton lui a notamment dédié un album entier de reprises, Me and Mr. Johnson, en référence à la chanson de l'artiste intitulée Me and the Devil. C'est à mon avis une excellente façon de découvrir l'oeuvre de cet incontournable car les enregistrements originaux de l'artiste peuvent s'avérer décevants notamment à cause de la piètre qualité sonore de l'époque. Pour ceux qui sont en mesure de passer outre à la qualité de ces enregistrements d'époque, tous les enregistrements que l'on a pu récupérer de Robert Johnson, y compris les inédits, sont disponibles sur le double CD : Robert Johnson - The Complete Recordings. Collection Roots N' Blues - CBS (1990) et Sony Music Entertainment (1996).
Légende ou réalité, Robert Johnson aura "diablement" influencé la culture blues et laissé un héritage considérable à tous ses successeurs. |